Art, culture et audiovisuel

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Pour un « libre examen » de la Culture en Communauté française.

Récemment sorti d’une tournée de diverses institutions culturelles des Communautés française et germanophone, le Président du MR Didier REYNDERS, également Président du Centre Jean GOL, mène une réflexion sur la politique culturelle, tant au niveau communautaire que fédéral, dans le prolongement des travaux du MR en débat sur la culture qui a eu lieu à Spa en octobre 2005.

Dans la perspective des prochaines élections fédérales et communautaires, le MR établit un programme politique remettant en cause les principes établis de la politique culturelle en Communauté française. Avant d’en livrer la teneur exacte et dans l’attente du bénéfice des réflexions en cours et à venir au Centre Jean Gol, cette page Culture est d’abord proposée en guise de réflexion générale destinée à susciter le débat.

A l’heure où la démocratie est mise en danger par des scandales à répétition donnant du vent dans les voiles de ceux qui la menacent, à l’heure où le monde politique est mis à mal par une famille politique abusant d’un pouvoir trop étendu sur les organes de gestion et d’administration de la chose publique, à l’heure où il s’avère urgent de repenser l’éthique en politique, la culture se révèle un des antidotes possible à la conception d’un modèle politique et social neuf et … réformateur.

La Culture ? Qu’est-ce que c’est ?

Et d’abord, pour prendre un peu d’altitude, sans doute est-il bon de se demander ce qu’est, finalement, la culture ?

Quand le mot « culture » est employé en français (dans son acception intellectuelle, par opposition à sa signification agricole), il désigne cette substance de la vie qui donne du goût à notre quotidien, qui nous procure émotion et plaisir, et qui confère, sinon un sens, du moins une épaisseur et une direction à nos existences.

Une chose est certaine : la culture n’a de sens et n’existe que si on la partage. Générateur de lien social, ciment des cellules et des communautés les plus diverses, la culture est ce qui nous permet de vivre en société et est, en ce sens, le meilleur facteur de paix sociale. En effet, la violence peut trouver sa cause dans une mauvaise gestion de la question existentielle : crise d’identité, manque d’attaches, pertes de repères, déracinement,… La culture reste donc ce socle indispensable sur lequel on bâtira toujours les réponses morales, philosophiques, spirituelles des sociétés humaines, quelles qu’elles soient.

Une culture devenue religion d’Etat.

L’état de délabrement dans lequel se trouve la politique culturelle en Communauté française pousse à s’interroger sur la façon dont la pensée unique s’est emparée des institutions et des administrations culturelles, puis a structuré les esprits, en constituant, depuis près de quarante ans (1968), une véritable politique de l’Etat socialiste.

Ce faisant, et dès les années de l’après 1968, la puissance publique s’est donc autorisée à gérer et à accompagner non plus la production des arts et des lettres par ceux qui leur donnent corps, à savoir les artistes et les intellectuels, libres et agissant en « hommes cultivés », mais s’est instituée en gérante de la Culture d’Etat, devenue religion, et définissant non seulement le contenu culturel du projet social, mais aussi sa production et donc sa qualité.

Depuis des décennies, un Vatican culturel est né, dès lors, qui régule cette nouvelle religion d’Etat. Prêtres, prélats, prophètes disent le dogme, le défendent par un catéchisme de stricte observance, le diffusent à travers des médias acquis à leur cause et prononcent les anathèmes, excommunient ou canonisent, suivant la conformité à l’idéologie dominante.

On organise des fêtes, des parades, des concerts publics, on donne accès gratuitement à une offre culturelle « large et généreuse », destinées à formater les esprits et, surtout destinées à assurer meilleure visibilité aux mandataires-organisateurs. Le citoyen se réjouit et oublie de s’inquiéter de cette scandaleuse utilisation des deniers publics à des fins électoralistes et, partant, personnelles.

En consacrant ainsi l’ingérence de l’ « Etat » dans la définition d’un modèle culturel préétabli et formaté par le politique, on a remis en marche la machine silencieuse de la propagande, de bon aloi, fréquentable.

Comme le dit Marc Fumaroli dans son essai intitulé « L’Etat culturel » (Le Fallois, 1991) : « Mot écran, mot opaque, le mot « culture » convient admirablement à un art de gouverner qui amalgame dirigisme et clientélisme… ».

La situation actuelle en Communauté française.

Depuis près de quarante ans, une génération entière de créateurs et de publics culturels (d’«usagers » et d’« acteurs » culturels) en Communauté française s’est laissée imprégner par une vision unilatérale et uniforme de la Culture, de laquelle il est devenu extrêmement difficile de se départir. La culture qui créait autrefois des hommes « cultivés » et libres, des citoyens avertis et responsables, s’est dégradée en « culturel », en contre-culture anesthésiante et aliénante.

On lance des roller parades, des city parades, des pique-niques, on édite des manifestes, on initie des Etats généraux, et on refuse… tout débat dans l’assemblée démocratiquement élue concernée, le Parlement de la Communauté française. Ainsi en est-il, notamment, des conclusions des Etats généraux, de la négociation du contrat de gestion de la RTBF, des propositions budgétaires unilatérales …

Le pacte culturel visant à accorder aux instances d’avis et de gestion culturels en Communauté française une représentation idéologico – politique proportionnelle à celle réalisée par le scrutin au sein des assemblées démocratiques qui s’y rapportent a fait l’objet d’un amendement proposé par le MR. Cet amendement suggère d’éviter qu’une tendance politique ne détienne une majorité absolue au sein des instances d’avis ou de gestion lorsque ce n’est pas le cas dans l’assemblée parlementaire y relative. La clé de répartition appelée clé d’Hondt conduit parfois à cette distorsion arithmétique. C’est notamment le cas à la RTBF où le parti socialiste détient 7 sièges sur 13 au sein du conseil d’administration alors qu’il ne bénéficie pas d’un tel poids au sein du Parlement de la Communauté française; l’amendement propose de remédier à toute situation de ce genre. Il a tout simplement été rejeté par le parti dominant…

Paternaliste, « archéo-marxiste », politicienne (« engagée », ce n’est plus acceptable !), la politique culturelle publique de la Communauté française, dans ses incarnations institutionnelles, a aujourd’hui toutes les caractéristiques des idéaux socioculturels et « post-soixanthuitards » de ceux qui les ont portés lorsqu’ils avaient vingt ans, il y a quarante ans.

Aujourd’hui aux rênes de l’attelage culturel socialiste, ces agents de la Culture d’Etat mènent une politique qui leur ressemble. Sous le couvert de préceptes parfois louables, mais institués en dogmes directeurs (multiculturalisme, démocratisation culturelle, productions alternatives, art engagé,…), ils éludent tout débat démocratique, ils écartent du champ culturel subventionné tout ce qui permettrait au citoyen, à l’artiste, de s’épanouir, de mieux se connaître dans ce qu’il est, de s’affranchir et de relancer la machine à rêver.

Les Etats généraux de la Culture ? Qu’en sont devenues les conclusions ?

Sans ce sursaut, sans cette nécessaire prise de conscience de l’obligation de repenser la politique culturelle, tant sur le fond que sur la forme, la Culture en Communauté française est appelée à poursuivre son ronronnement, partisan et lymphatique, ne donnant la parole qu’aux seuls défenseurs, nombrilistes et auto-satisfaits, d’un projet culturel (et donc de société) uniforme, éculé et fade.

Si, par un recours excessif à la concertation et aux échanges, les Etats Généraux de la Culture lancés par l’actuelle Ministre de la Culture, Fadila Laanan, promettaient des conclusions pertinentes et un refinancement providentiel, force est de constater qu’aujourd’hui, les incantations n’ont fait pleuvoir aucune solution pratique… La montagne a accouché d’une souris.

A titre indicatif, au budget initial 2006, les crédits relatifs aux matières culturelles augmentaient de 19.724 millions € par rapport à l’initial 2005 hors promotion internationale et infrastructures. Il est utile de savoir que les trois-quarts, soit 15M, de ces moyens ont été affectés à l’audiovisuel, dont10M ont été réservés à la seule RTBF. Restaient 5 millions aux autres secteurs culturels, incluant les indexations !

Le budget culturel 2006 n’a donc pas reflété les importants bouleversements promis suite aux Etats généraux de la Culture (EGC) et à la refondation annoncée de la politique culturelle. En effet, les montants envisagés, secteur par secteur, n’ont pas augmenté dans des proportions tellement plus importantes qu’entre les budgets initiaux 2004 et 2005 (même moins en arts de la scène ou arts plastiques). Ce saupoudrage financier n’est en fait que le reflet du saupoudrage sectoriel des mesures de conclusions des EGC. Enfin, s’il n’y a plus eu de diminution comme en 2005, certains secteurs n’avaient pas encore retrouvé l’état de crédits dont ils bénéficiaient encore en 2004 (comme le livre).En 2007, les budgets dédiés aux matières culturelles augmentent de 10.007 millions € dont trois quarts (environ 7,5 millions) sont affectés à la culture, hors audiovisuel. Néanmoins, cette augmentation de crédits doit permettre non seulement de poursuivre les politiques engagées structurellement par la Communauté - qui comprennent l’indexation des contrats des opérateurs - , mais aussi de poursuivre les politiques nouvelles issues des EGC. Or, les mesures budgétées pour 2007 dans les « Priorités-Culture » atteignent un total de quelque 10.462.440 € en 2007…. Il apparaît donc que les montants prévus ne seront pas tous assurés.

Pour exemple, les crédits réservés aux arts de la scène connaissent une belle progression de 7.2%(+5M). Force est de constater que l’essentiel des augmentations est concentré sur quelques institutions telles que le Manège.Mons ou le Théâtre National, dont la subvention augmente de24.6% (et dont le contrat-programme prévoit une augmentation de 27.5% en 5 ans). L’aide aux projets (crédits de la Commission Consultative d’Aide à la Production Théâtrale) retrouve, par contre, à peine son crédit de 2005 (qui avait été diminué de 22.42% au budget initial en 2006).

Hormis quelques mesures pratiques et cosmétiques, le rapport des Etats généraux est donc faible et dicté par une idéologie étatiste, passéiste, aliénatrice et partiale, assorti des vieux réflexes socialistes d’en-commissionnement pléthorique, ainsi que d’excentricité budgétaire « planifiée ». Nouvelle démonstration, si cela était nécessaire, que les agents de la Culture d’Etat n’ont nullement l’intention, contrairement au discours qu’ils vendentaux artistes et aux citoyens, de laisser l’activité culturelle s’affranchir de leur joug. Dans leur chef, l’abandon de la maîtrise de l’initiative et des individus met bien trop en péril leurs intérêts établis. Il est temps d’écrire que, quoiqu’en disent les mandataires socialistes, tant que la politique culturelle restera sous leur mainmise, aucun secteur créatif n’aura une chance de s’épanouir et de fructifier, au moins partiellement, sui generis, bref : de prendre son envol.

Voulues comme la résultante d’une concertation modèle avec le secteur et la société civile, les conclusions des Etats généraux furent adoptées par la Ministre de la Culture et de l’Audiovisuel sans le moindre débat au Parlement de la Communauté française, à l’instar, faut-il le répéter, de l’adoption récente du contrat de gestion de la RTBF.
Le secteur, dans l’attente d’une véritable redéfinition structurelle et financière, ne voit rien deconcret mis en place. Or les vrais problèmes restent posés.

Le groupe MR au Parlement de la Communauté française, conduit par Françoise Bertieaux, ainsi que le président de la Commission Culture et Audiovisuel, Pierre-Yves Jeholet, n’a cependant pas ménagé ses forces pour faire entendre des positions parfois diamétralement opposées, sondant la Ministre sur sa vision proactive de l’avenir et sur l’implémentation de ses conclusions. Sans réponse.

Aujourd’hui, à la veille des élections législatives, le MR se doit de réaffirmer les fondamentaux d’une politique culturelle affranchie, réactive et créative. Il est temps de faire savoir qu’une nouvelle formulation de la culture entre dans les priorités d’un mouvement réformateur.

Quel avenir pour quelle conception libérale de la culture ?

La question de l’acception libérale de la Culture est assez ardue puisque ce secteur est, en Belgique, depuis plus de trente ans, l’apanage du seul parti socialiste, gérant cette matière de façon quasi hégémonique.

Il est donc urgent de « désoviétiser » la culture, de la rénover, de la ramener au sens premier du mot « culture », afin de restituer au citoyen sa liberté de jugement et son épanouissement intérieur, par une offre culturelle le reliant à lui-même, à sa vision individuelle du monde.

Il convient de redéfinir une politique culturelle indépendante, ffranchie des dogmes intangibles de la culture promus par ceux qui la dirigent et l’administrent depuis trop longtemps.

Le temps est à la remise en question de ce modèle linéaire et planificateur pour laisser place à un modèle plus organique, plus autonome, plus indépendant, plus autorégulé, aux mains des artistes, des secteurs et des opérateurs, des intellectuels surtout de leur public. Tant il a été prouvé que l’ingérence publique dans le modèle culturel est mortifère et dangereux…

Comme le professait l’antique Paradoxe du Crétois, il est aujourd’hui vital, en matière de politique culturelle en Communauté française, de « trouver un point d’où l’on puisse soulever la Terre ».

Sans un « libre examen » de la politique culturelle, sans une réflexion en profondeur permettant de recentrer la politique culturelle autour de l’individu qui la vit, l’apprécie ou la décrie, sans une reformulation de la pensée culturelle, autorisant le public d’en faire le jugement ou la critique, le citoyen continuera à se faire déposséder de la chose culturelle, détourné de lui-même, et surtout dissocié des modèles d’une culture humaniste qui, attestée par les siècles, a forgé la force intérieure de la démocratie.

Pour en savoir plus:

Lire le bilan "culture" de la législature 1999-2004

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