Le MR en débat - Dossiers

L'ENSEIGNEMENT - Une réflexion de Pierre Hazette "Une Stratégie pour l'école"

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Réflexion de Pierre Hazette, ancien Ministre de l'Enseignement secondaire, dans le cadre du MR en débat sur l'enseignement

Les discours longs, les grands mots vont à nouveau occuper le devant de la scène scolaire. L'impression de « déjà vu, déjà entendu » va une fois de plus masquer l'urgence de poser des questions simples et d'y apporter des réponses pratiques ou praticables.

Essayons, en contrepoint, de trouver les mots et, à travers eux, la politique qui traduisent ce que veulent les gens, ce qu'attendent les mères et pères de famille.

Qu'est-ce que l'école ?

Un lieu - si possible accueillant et obligatoirement sûr et salubre - où des enfants, puis des adolescents, puis de jeunes adultes vont apprendre, sous la conduite avisée d'hommes et de femmes formés à ces tâches :

  • à vivre ensemble et parmi les adultes ;
  • à lire, écrire, compter, parler dans leur langue et dans d'autres langues ;
  • à utiliser tous les moyens de communiquer ;
  • à comprendre le monde, son passé, son présent ;
  • à percer les secrets de la vie, de la nature, de la matière ;
  • à connaître, d'autres hommes, et d'autres modes de vies ;
  • à exprimer leurs émotions, pour les faire partager, dans des mots, des couleurs, des matériaux, des sons, des gestes ;
  • à développer leur corps pour en préserver la santé, lui assurer le bien-être et en accroître la force ;
  • à se rendre utiles aux autres par la préparation à un métier, à une profession.

L'école peut-elle assumer seule ces tâches ?

La réponse à cette question suppose qu'un préalable soit levé : c'est la personne qui est souveraine comme principe d'organisation de la société. La solution à tous les grands problèmes de société passe par le principe de « responsabilité remontante ».

Les grands mécanismes de solidarité sont grippés parce que la solidarité ne peut s'exprimer qu'entre individus responsables. C'est vrai de la sécurité sociale : ce sont les abus qui la minent. C'est vrai de la santé publique : ce sont les abus qui en perturbent le financement. C'est vrai de la liberté : le consommateur de drogues (alcool, tabac, cannabis,....) abuse de la liberté de comportement et tue sa propre liberté...

Si la société n'affirme pas clairement qu'elle prolonge, sans les remplacer jamais, les solidarités naturelles, elle se condamne elle-même à l'inefficacité.

L'individu vit dans une famille où s'expriment les solidarités naturelles fondamentales : le père et la mère sont responsables de leur enfant autant, sinon plus, que d'eux-mêmes. L'exercice de cette responsabilité donne à l'école les moyens de son action. A l'inverse, la démission des parents, lorsqu'elle intervient, met l'école devant une tâche extrêmement complexe et lourdement compromise.

A la question : « l'école peut-elle seule assurer toutes ces tâches ? »,
la réponse est donc : « non, si elle n'a pas la collaboration des parents ».

Le principe de responsabilité remontante situe clairement à chaque niveau de la société ce que la solidarité naturelle impose.

Et l'école n'est pas le seul relais de responsabilité remontante. Chaque famille vit dans une communauté. Le pouvoir communal doit prendre sa part des tâches qui incombent à la famille et à l'école.

  • L'enfant doit lire. Les bibliothèques publiques prendront le relais des familles et de l'école pour favoriser l'exercice de la lecture.
  • Le développement corporel de l'enfant, de l'adolescent suppose que l'éducation physique dispensée par l'école soit relayée dans des infrastructures sportives, aisément accessibles. Les associations, les clubs seront aidés dans leur capacité d'accueil.
  • L'expression artistique ne peut être promue par l'école seule. Les académies sont là pour assurer le relais.
  • Enfin, le troisième relais, clairement identifiable, est le pouvoir qui a la charge d'organiser et de subventionner l'école. Dans nos institutions, c'est la Communauté française, unissant les Wallons et les Bruxellois francophones. C'est à elle qu'il revient de dégager les moyens, de les distribuer pour que les tâches assignées à l'école puissent être assurées au mieux des intérêts des enfants, des parents et de la société toute entière.
    Les comparaisons internationales montrent que la Communauté française affecte à son enseignement plus de moyens que la moyenne des nations occidentales. Or les résultats de son enseignement obligatoire ne sont pas à la hauteur de ses espérances. Il y a donc un problème d'utilisation de ces moyens.

Si l'on ose prendre les réalités à bras-le-corps, il faut donc poser clairement la question : la dispersion des moyens sur trois réseaux importants, voire quatre, est-elle encore justifiée par les attentes des gens ? Certes, elle l'est par l'histoire et le droit que celle-ci a forgé. Mais les gens attendent-ils aujourd'hui une organisation écartelée par les conflits des deux siècles qui nous précèdent ? Les peuples sont prisonniers de leur histoire, mais ce sont les gens qui changent le cours de l'histoire.

La réponse à la question-titre se complète donc : L'école ne peut tout faire seule !

Elle doit pouvoir fonder son action sur la confiance et la participation des familles. Elle doit pouvoir intégrer dans son action éducative, les moyens mis en œuvre par les Communes. Elle doit pouvoir compter sur les ressources mieux distribuées de la Communauté française.

L'école mieux soutenue, mieux encadrée, mieux pourvue de moyens, serait-elle assurée de faire mieux ?

Hélas non ! Notre système scolaire a évolué en deux générations en négligeant cinq facteurs qui compromettent la qualité de l'enseignement.

Le temps scolaire.

En cinquante ans, les jours d'ouverture des écoles sont passés de quatre cents demi-jours à cent quatre-vingt-deux jours fictifs. Fictifs parce qu'il faut en déduire les jours consacrés aux examens, à leur correction, aux procédures de recours. On le sait, les écoles se vident vers la mi-juin. Mais il faut encore soustraire les jours de formation des enseignants, leurs congés de maladie sans remplacement organisé et les effets néfastes de la pénurie. Un tel rétrécissement du temps scolaire n'est évidemment pas sans conséquences.

Une première mesure consisterait à reporter à la fin des cours au quinze juillet ou leur reprise le seize août.

Une deuxième, à supprimer les congés obsolètes : les lundis de Pâques, hors vacances pascales ou de Pentecôte, le jeudi de l'Ascension. La religion catholique a perdu son emprise sur la société à cette exception près que les fêtes carillonnées en dictent encore le rythme.

Troisième mesure : mettre un pool de remplaçants en action dans toutes les zones pour assurer les remplacements dès qu'une absence se constate.

Si la société déclare prioritaire la promotion d'un enseignement de qualité, elle doit agir en conséquence et accroître le temps scolaire. Ces mesures, si impopulaires qu'elles paraissent, sont de nature à provoquer une prise de conscience salvatrice dans l'opinion publique.

La qualité des enseignants.

Nos enseignants, à travers tout l'enseignement obligatoire aspirent à ce que la société leur témoigne sa confiance. Ils ont appris leur métier. Ils s'y exercent dans une relation avec des jeunes dont nul n'a idée s'il ne l'a pas pratiqué lui-même. Ils ajustent leurs méthodes en fonction de leur expérience, de leur classe, des conseils des collègues. Qu'on leur laisse plus de liberté à deux réserves près : qu'ils respectent les objectifs des programmes et qu'ils recourent aux manuels scolaires dont nul ne devrait avoir l'audace de se passer.

La communication est la base de leur succès et la communication s'apprend, évolue et se perfectionne. C'est donc à juste titre que leur formation continuée a été organisée. C'est par elle que passera l'intégration dans les cours des nouvelles techniques de l'information et de la communication. Lorsque les organisations syndicales plaident pour la réappropriation du métier, elles mettent le doigt sur une nécessité première.

Oui, il faut rétablir la liberté d'enseigner et l'assortir d'un contrôle des résultats.

Le contrôle des résultats.

Notre enseignement, et plus particulièrement nos enseignants, ont besoin de repères que les réformes ont effacés ou estompés. C'est vrai que le redoublement est trop fréquemment et trop commodément utilisé pour sanctionner l'échec d'une année d'études, mais quand on a condamné le redoublement et qu'aucune remédiation n'a été mise en place pour assumer les bases des acquis ultérieurs, on a déboussolé les enseignants. Que doivent-ils faire lorsque les échecs sont patents, qu'on leur dit que le redoublement n'est pas une solution et qu'ils savent que les collègues de la classe suivante leur en voudront des lacunes qu'ils auront tolérées ?

Nous n'avons pas la pratique de l'évaluation externe organisée pour les élèves d'une classe d'âge. C'est une carence de notre système. Nous nous référons à l'enquête PISA, mais nous nous gardons bien d'évaluer nos propres élèves, tous nos élèves, sur ce modèle. On voit pourtant bien que pareille évaluation organisée à la fin de l'enseignement primaire ouvrirait utilement la porte d'une remédiation indispensable avant que ne commence l'aventure du secondaire.

On voit bien aussi qu'à la fin des humanités, une évaluation externe accessible à tous les élèves de tous les établissements fournirait des informations utiles. A l'élève d'abord qui saurait où il se situe par rapport à ses paires. Aux parents qui détecteraient les chances et les risques d'aborder le coûteux enseignement supérieur. Aux établissements scolaires qui pourraient apprécier l'évolution des performances de leurs élèves dans les disciplines évaluées et ainsi corriger les défauts révélés. A la commission de pilotage qui puiserait dans les résultats les indications sûres quant à la marche des écoles. Aux professeurs enfin qui partageraient avec leurs élèves la volonté de réussir comme un entraîneur le fait depuis le banc de touche, sans avoir à être dans le même temps celui qui enseigne et celui qui sanctionne. A coup sûr, la relation pédagogique s'en trouverait améliorée et la motivation des jeunes soutenue.

La motivation des apprenants.

La quatrième dérive, observable aujourd'hui encore dans la lecture qui est faite des résultats de l'enquête PISA 2000, est la perte d'ambition. Le souci qui s'affirme le plus fort est de réduire l'écart entre élèves performants et élèves en situation d'échec. Et le propos induit est d'oublier un peu plus la déshonorante élite pour ne pas traumatiser les faibles.

Et si l'on commençait par affirmer que les modèles sont ceux qui réussissent, si on commençait par faire de la réussite scolaire acquise par l'effort, le travail, la discipline, l'objectif réel de l'école ; si on commençait par apporter des soins attentifs à la motivation constante des apprenants ?

Et si on commençait..... Oui, mais comment ?

En cinquante ans encore, la compétition scolaire a été bannie des murs de l'école : le dernier de la classe souffrait de l'orgueil du premier à qui fut refusé progressivement le bénéfice de la fierté légitime. L'évaluation, elle-même, à la recherche d'un message clair aux apprenants comme aux parents, s'est parfois égarée, loin des horribles ( !) points dans des formules absconses. L'égalité des chances, concept généreux dont toutes les exigences n'ont pas été épuisées, dérive sous nos yeux vers une exigence de démagogie politique ; l'égalité des résultats. Lorsqu'un gouvernement fixe à un niveau statistique ambitieux le nombre de jeunes que l'enseignement secondaire doit diplômer, sans indiquer par quels moyens il compte aider les écoles à atteindre ce résultat, il cède à la tentation du verbalisme creux et de la démagogie la plus délétère. On ne motive pas des enfants encore moins des adolescents en leur annonçant que « l'école ? : il suffit d'y aller pour réussir ». Ce message diffusé il y a dix ans dans le 1er degré de l'enseignement secondaire a tué chez beaucoup d'adolescents une motivation qui aurait pu être soutenue, élevée comme on élève une plante fragile.

Comment dès lors restaurer la motivation dans les murs de l'école ?

  1. Précisément, il faut d'abord songer aux murs !

    Les lieux de scolarisation, dans l'enseignement obligatoire, qu'il s'agisse des classes, du laboratoire, des salles d'études, des bibliothèques - quand elles existent ! - des cours de récréation, des ateliers, sont parfois, sont trop souvent, dans un état déplorable au point que la salubrité de ces lieux, la sécurité des enfants ou des adolescents ne sont plus assurées. Les fonds d'urgence ou de première nécessité, fusionnés ou non, révèlent que structurellement, il existe un problème et que, dans bien des cas, on en est réduit à parer au plus pressé. La Communauté est en panne de subventionnement vis-à-vis des provinces et des communes, elle n'a pas les moyens d'entretenir le patrimoine dont elle est propriétaire, avec ou sans le concours de S.P.A.B.S. et dans le réseau libre la vétusté de certaines infrastructures montre bien les limites du fonds de garantie.

    Il faut donc imaginer un autre système de financement où les Régions seront appelées à la cause. L'exemple français est là pour nous montrer que la compétence régionale peut s'exercer avec bonheur dans cette compétence et le transfert des Communautés aux Régions n'aurait en la matière aucune incidence négative sur l'image et la cohérence des compétences communautaires.

    Si une amélioration des infrastructures devait résulter de cette réforme du décret de 1991, nos enfants auraient à coup sûr plus de plaisir à aller à l'école.
  2. Le plaisir d'aller à l'école postule également que l'école soit pacifiée.

    Dans quelle idéologie nos adversaires puisent-ils leur allergie à ce propos ? Comment peut-on justifier la perturbation des cours, la présence de la violence, les injures, les coups ou le racket scolaire ?

    L'intérêt général passe ici aussi avant toute autre considération et il est représenté par le climat de sécurité de l'école, le respect dû aux éducateurs et aux professeurs, la protection des mineurs et de leurs biens. Si des élèves se signalent par des comportements perturbateurs, leur place n'est pas à l'école, mais dans des institutions conçues et organisées, non pour les rejeter, mais pour leur rendre conscience que la vie en société impose des règles et que ces règles on ne les viole pas impunément. L'école doit retrouver une discipline interne et voilà le moyen pratique d'initier la jeunesse à la démocratie. La règle peut se rédiger en commun dans le souci largement partagé de faire du « vivre ensemble » le principe de base. La sanction du manquement à la règle peut s'appuyer sur la responsabilisation des délégués d'élèves associés par la direction à la volonté de préserver la sérénité des classes et des cours de récréation.

    Lorsque l'enfant, l'adolescent quitte la maison la peur au ventre parce qu'il s'attend à prendre des coups, la motivation scolaire n'est pas chez lui une préoccupation essentielle !
  3. Et tant qu'à analyser les dégradations de la motivation scolaire, arrêtons-nous à la proposition - panacée du Gouvernement : l'allongement du tronc commun.

    J'ai bien lu que des psychopédagogues le réclament, que l'incontournable exemple finlandais est appelé à la rescousse. Mais si le bon sens s'invite dans le débat, force est de constater qu'au début du secondaire un pourcentage important d'élèves révèlent leur inaptitude à progresser à un rythme normal dans l'enseignement général. Va-t-on oublier cette donnée incontournable ? Pendant deux ou quatre ans ces adolescents vont-ils ressasser leurs échecs, freiner la classe, perdre le goût de l'étude, détester l'école, sans dommage pour eux-mêmes ou pour les autres ?

    L'autre voie est celle que leur ouvre une orientation, confiée à des spécialistes - il y en a dans les CPMS - vers des filières intégrant les capacités qui ne manqueront pas de se révéler dans d'autres chemins d'apprentissage qui conduisent aux formations techniques ou professionnelles. Orientons mieux les élèves, en ayant le souci de mettre en œuvre tous les moyens disponibles pour les éclairer eux-mêmes et leurs familles, sur l'éventail des possibilités qu'offre l'école et disons, tous ensemble et dans tous les partis, qu'il n'y a pas une voie royale et parallèle à elle, des chemins broussailleux. La bonne orientation scolaire est celle qui conduit à une profession. Pas plus qu'il n'y a de sots métiers, il n'y a de filière dévalorisante.

    L'orientation ainsi conçue constitue un soutien permanent à la motivation, tout simplement parce que l'élève s'est construit un projet et que ce projet, il aura à cœur de le mener à bien. Restera alors aux professeurs et à la famille à le soutenir dans ses efforts sans jamais lui dissimuler que tout apprentissage s'acquière dans le travail.
  4. Dans le contexte ainsi tracé serait-il politiquement incorrect d'affirmer que la progression de l'élève doit être reconnue, approuvée, applaudie ?

    Non que je réclame la restauration de la compétition scolaire, de la couronne de lauriers, des livres de prix enrubannés, ni encore moins du bonnet d'âne. Mais, j'en ai la conviction, le mérite scolaire doit être reconnu. Il nous appartiendra d'en déterminer la forme, mais le principe - dût-il nous singulariser - ne souffre pas, à mes yeux de dérogations dès lors qu'on s'interroge sur la motivation des enfants et des adolescents.

    Mettons-nous un instant dans la tête de l'enfant ou de l'adolescent :
    Aimer l'école. C'est, nous l'avons vu, apprécier l'école, s'y sentir en paix avec les autres et avec soi-même, grâce à une orientation efficace, construire semaine après semaine son projet : intégrer l'évaluation qui est faite de sa progression.
  5. C'est aussi, dans ce parcours, qui dure douze années, découvrir, savourer le bonheur d'apprendre.

    Trouverons-nous, retrouverons-nous les mots pour dire à nos enfants que des millions de jeunes de leur âge errent dans les rues ou travaillent dans les champs ou les ateliers à la recherche d'un peu d'argent, d'un peu de nourriture ? Trouverons-nous les mots pour dire que l'ignorance est un fléau et la connaissance la porte ouverte sur toutes les découvertes, que chaque pas que l'on fait à l'école sur le chemin du savoir, c'est un peu de bonheur à portée de main, que celle-ci porte la plume, manie un outil ou pianote sur un clavier d'ordinateur ?

    C'est ce discours optimiste que nous devons tenir à notre jeunesse, c'est ce qu'elle attend de nous. Elle a besoin de passion bien plus que de compassion !
  6. L'école s'est réformée pour que les connaissances qu'elle apporte se traduisent au plus tôt dans des compétences maîtrisées.

    Cette réforme, nous la défendons au nom de la motivation que nous voulons rendre à notre jeunesse. Si dans l'usage qu'ils font des langues qu'ils apprennent, ils découvrent la nécessité de rompre l'enfermement dans une seule langue, ils y trouveront le stimulant pour lire dans la langue d'origine, pour suivre les films en version originale, pour considérer le cours de langue avec l'envie d'en savoir et d'en faire plus que pendant cent vingt heures par an.

    Et l'histoire qui permet de comprendre les convulsions du monde, et la géographie qui permet de situer les conflits d'aujourd'hui, et les sciences qui imprègnent notre quotidien, et les mathématiques qui nous attachent à la rigueur et invitent au raisonnement structuré, n'ont rien à craindre d'une confrontation quotidienne avec la réalité et l'actualité.
  7. Au terme de cette analyse de la motivation scolaire, on n'a pas tout dit si rien n'est dit de l'école, formidable moyen de promotion sociale.

    Les plaidoyers se multiplient aujourd'hui pour dénoncer les écoles ghettos, pour justifier les écoles élitistes. Je ne suis pas sûr d'être convaincu par les avocats d'un système qui ferait litière de la liberté de choix du père de famille. En revanche, j'applaudirais toute proposition qui aboutirait à démontrer aux jeunes que l'école est le tremplin de la réussite sociale, qui montrerait le parcours exemplaire de primo arrivants qui ont saisi leur scolarité comme on prend une bouée de sauvetage et se sont hissés au sommet des études universitaires. Ce n'est pas en bouleversant les structures scolaires, les cultures d'écoles, les modes de recrutement que l'égalité des chances sera assurée, mais elle le sera, à coup sûr, si chaque école reçoit les moyens de démontrer qu'elle a été, qu'elle est et qu'elle restera l'ascenseur social le plus efficace quel que soit le public qu'elle accueille.

    En évoquant les dérives qui ont marqué l'évolution de notre système scolaire, j'ai épinglé la diminution du temps scolaire, la liberté brimée des enseignants, le contrôle des résultats et la démotivation des apprenants.

Je dois y ajouter une cinquième observation.

La communauté française - et je ne m'exprimerais pas autrement si je parlais de nation francophone - est certes, un peuple et un espace, mais c'est aussi et surtout une affirmation. Notre langue, notre culture, les droits que nous avons inscrits dans notre Constitution et dans nos lois ne sont pas négociables. Ceux qui venant de pays moins riches, moins pourvus en droits, nous ont rejoints, sont accueillis dans un pays démocratique, dans une communauté francophone.

Avons-nous fait assez d'efforts pour les amener à pratiquer notre langue, à découvrir notre culture, à apprécier nos droits et libertés. Je ne le pense pas.

Dans les problèmes que vivent nos écoles, il apparaît clairement que notre langue est pour de trop nombreux enfants la langue de la classe, mais pas la langue de la rue ou de la maison. Il en résulte des situations d'échec et de rejet de l'école.

Ce n'est pas que l'éducation permanente manque de moyens, c'est qu'elle mangue d'un objectif clair, la promotion de NOTRE culture, un objectif qui ne soit pas marqué ou estompé par des manœuvres électoralistes.

Nous devons concentrer les ressources humaines et matérielles des services d'éducation permanente sur les gens et non sur les communautés religieuses ou éthiques pour que les familles d'immigrés fassent dans notre langue, notre culture et nos libertés les mêmes pas que ceux que leurs enfants sont invités à faire dans nos écoles. Comme souvent dans le domaine de l'éducation, le Québec qui a sauvé sa culture mais la sait menacée, nous indique la voie du réalisme et du bon sens.

A ceux qui nous invitent aujourd'hui à gommer nos différences et à les rejoindre dans ce qu'ils appellent une stratégie pour l'école, je réponds après l'analyse que tout citoyen, tout père de famille fait les yeux ouverts et l'esprit libre : quand une stratégie consiste à avancer sur un terrain miné et à laisser dans les cantines les bombes à retardement, il est de bonne logique de s'attendre à des explosions.

Nous n'en serons pas responsables !

 

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