En préliminaire à cette synthèse, et dans le souci d'éviter toute frustration du lecteur, et singulièrement de la part des participants aux débats, il parait utile d'en délimiter les contours et d'en préciser l'objectif.
Ainsi, la présente synthèse se situe entre le matériau brut -les rapports des débats- et l'analyse -note d'orientation- en ce qu'elle prétend résumer fidèlement les propos tenus lors des débats du 18 décembre dernier relatifs à l'enseignement qui se sont tenus dans les quatorze fédérations MR que comptent Bruxelles et la Wallonie.
Il ne s'agit donc pas d'un procès-verbal exhaustif des discussions, celles-ci étant consignées dans chacun des rapports remis par les fédérations d'arrondissement. Pas plus que cette synthèse ne constitue une analyse ou le reflet d'une position du Mouvement Réformateur : la richesse des débats et l'étendue des sujets abordés rendent inappropriée une analyse qui mépriserait par omission nombre d'éléments sous prétexte d'impératifs de temps. L'exploitation sérieuse et exhaustive des propos tenus lors des débats implique en effet que le temps nécessaire y soit consacré.
Pour plus de clarté, il a été décidé de donner à cette note la structure qui est celle des documents préparatoires aux débats.
En ce qui concerne l'accueil de la petite enfance et l'accueil extrascolaire, des considérations tant qualitatives que financières ont émaillé les débats. Il est ainsi presque unanimement reconnu que ces types d'accueil coûtent cher et que leur financement doit ou devrait concerner à la fois les communes, les établissements scolaires, les personnes y faisant appel et le monde de l'entreprise. Une plus grande participation financière de ces dernières en vue de la création de crèches communales en lieu et place de crèches d'entreprises est proposée. Cette participation pourrait être encouragée par la possibilité de déduire fiscalement les montants engagés.
Pour ce qui est du volet qualitatif, l'accent est mis à la fois sur une nécessaire valorisation des métiers de l'accueil et sur le type d'accueil souhaité. Concernant ce dernier point, l'accueil de la petite enfance et plus encore l'accueil extrascolaire sont vus comme des relais entre l'école et les parents et comme vecteurs d'épanouissement du jeune. Sans se substituer au rôle des parents, ils doivent pouvoir venir en aide au jeune dans la réalisation de ses devoirs et lui ouvrir des perspectives sportive et culturelle. Une meilleure collaboration avec ces secteurs est souhaitée. Ainsi que le résume un participant : « l'accueil n'est pas un parking ».
On notera également le souhait de voir augmenter à côté de ces crèches les possibilités de gardiennat, celui-ci étant mieux à même de répondre à certains types de besoins.
D'autres pistes sont suggérées, telles que par exemple favoriser la solidarité intergénérationnelle, les personnes plus âgées étant souvent plus disponibles pour l'accueil des enfants, ou encore l'idée de développer des équipes de gardiennes de réserve pour pallier aux imprévus (enfants malades, ...). Cette structure d'accueil ne devrait pas être un reflet des réseaux
Les enseignements primaire et secondaire occupent également une place de choix dans le débat. Une analyse transversale des rapports des débats fait clairement apparaître le constat d'une nécessaire amélioration de la qualité de l'enseignement.
Que celle-ci soit abordée à travers la question des réseaux ou des réformes de l'enseignement, la définition des missions fondamentales de l'école, l'organisation du temps scolaire, ou encore le recentrage sur les apprentissages de base, l'apprentissage des langues, le renforcement du goût de l'effort, l'utilisation des manuels scolaires et la réhabilitation des devoirs à domicile, l'importance de la remédiation, ou l'organisation d'une épreuve externe : toutes les interventions plaident dans le sens d'un retour au rôle fondamental de l'école qui est notamment de fournir aux élèves le bagage nécessaire pour répondre à ses attentes et à celles de la société aux différentes étapes de sa vie : ainsi, par exemple, l'élève doit savoir lire au terme de la deuxième année primaire, il doit maîtriser les savoirs de base au terme de l'enseignement primaire ; enfin, en sortant de l'enseignement secondaire, il doit, soit avoir appris un métier, soit être à même d'affronter l'enseignement supérieur avec suffisamment d'outils.
Complémentairement, il est rappelé par ailleurs, qu'en tant qu'acteur social, les écoles contribuent aussi à l'émancipation des jeunes et à leur construction citoyenne.
Concrètement, il est notamment souhaité par exemple la réhabilitation des devoirs à domicile dès lors qu'ils constituent une application de la matière vue en classe et parce qu'ils favorisent l'implication parentale. Le retour au manuel scolaire comme référent est également fortement plébiscité, mais doit reposer sur une stabilité des programmes. L'importance de l'apprentissage des langues est également réaffirmée, qu'il passe par l'immersion, le recours systématique aux « native speakers » ou l'éveil aux langues dès la maternelle. Enfin, et la liste n'est pas exhaustive, le recentrage sur les apprentissages de base, et notamment de la lecture, est vu comme essentiel en ce qu'il conditionne tous les apprentissages futurs.
Quelques extraits des débats :
- « Aujourd'hui, on a des têtes ni bien faites, ni bien pleines » ;
- « Renforcer les exigences par rapport aux élèves et aux professeurs : stop à la culture de l'échec » ;
- « Ne pas exiger de l'enseignement qu'il apporte des réponses à tous les problèmes de la société actuelle » ;
- « Stop aux réformes d'apprenti-sorcier qui déprécient la qualité de l'enseignement » ;
- « La qualité de l'enseignement peut s'évaluer par le niveau des élèves les meilleurs et non par le niveau des élèves les moins bons » ;
- « Le bon élève ne doit pas être montré du doigt parce qu'il a un beau bulletin, la réussite doit redevenir la norme ».
Ces quelques propos font ressortir également l'idée que la réussite est plurielle : il ne s'agit pas tant d'amener tous les élèves au même point en même temps que de faire ressortir le meilleur de chacun d'eux.
La question de la violence et du décrochage scolaire est moins débattue, ce qui n'empêche que les participants s'interrogent sérieusement sur la pertinence de l'abandon des centres de rescolarisation et de resocialisation.
L'étendue du thème des débats semble avoir eu pour conséquence que l'enseignement spécialisé a, lui aussi, été peu abordé. On retiendra de ce thème le désir qu'il soit mis fin à l'image négative que véhicule cet enseignement.
En ce qui concerne plus directement l'enseignement technique et professionnel, tout le monde s'entend sur la nécessité de poursuivre la revalorisation des filières qualifiantes. « Plus de filières poubelles ! ». Par exemple, il est ainsi suggéré de mettre en place des tests d'aptitude pour accéder à ces filières. Le rôle des filières d'alternance dans l'émancipation des jeunes en difficultés avec l'enseignement de plein exercice est rappelé.
Toujours concernant cette revalorisation, il a été rappelé que le tronc commun ne doit pas être prolongé jusqu'à la fin de la quatrième année du secondaire. Cet allongement aurait pour conséquence de réduire à deux années la fréquentation de l'enseignement technique et professionnel, ce qui est contradictoire avec sa revalorisation. Cet allongement serait également négatif dès lors qu'il aboutirait à retarder un début de spécialisation dans certaines matières : langues, sciences, mathématiques, ...
Pour reprendre une formule chère à Pierre Hazette : « l'intelligence de la main est tout aussi louable que l'intelligence abstraite ». Les filières qualifiantes sont porteuses d'emploi, et à ce titre, de meilleurs synergies sont demandées avec les entreprises, que ce soit pour l'accueil des stagiaires, la formation continue des professeurs, ou pour l'accès à un équipement actuel, adéquat et performant.
Enfin, le regroupement des filières techniques et professionnelles suscite des réactions négatives.
Autre grand volet du débat : les enseignants. La revalorisation de l'enseignant est vue à travers le nécessaire rétablissement de son autorité, la restauration d'une relation de confiance avec les parents et la délimitation du rôle de chacun, une meilleure formation initiale : en un mot, la réappropriation de son métier.
Simplification législative, arrêt des réformes « venues d'en haut », régulation des recours parentaux, stabilité d'emploi et fin des incertitudes de début de carrière, allègement des tâches administratives sont autant d'ingrédients qui reviennent quand on parle de réappropriation de leur métier par les enseignants.
Concernant les rapports parents - enseignants, « l'école ne doit pas se substituer aux parents ». De nombreux enseignants souhaitent l'arrêt des intrusions intempestives des parents dans leur travail : « l'école pour enseigner, les parents pour éduquer ». Cela contribuera aussi à la restauration de l'autorité du professeur vis-à-vis de ses élèves.
La revalorisation de l'enseignant devrait passer aussi par la réduction des engagements de personnes n'ayant pas les qualités nécessaires pour enseigner. Rendu malheureusement nécessaire par le problème de la pénurie, le recours à des personnes non qualifiées devrait rester une exception et des formations accélérées devraient être mises en place à destination de ces nouvelles recrues. « Le tutorat ne pourrait-il pas être valorisé, notamment dans cette situation ? » demande un participant.
Précisément, en ce qui concerne la formation, la question de l'opportunité de passer à quatre ans de formation s'est posée. La préparation est parfois vue comme insuffisante et ne semble pas toujours aboutir à la maîtrise de la matière. La formation serait de meilleure qualité si il y avait plus d'interactions entre les écoles normales et le milieu scolaire.
Pour ce qui est de la formation continue, un appel est lancé à une meilleure gestion et une plus grande autonomie de l'enseignant dans l'établissement de son plan de formation. Par ailleurs, « pourquoi ne pas valoriser financièrement le fait de suivre des formations en dehors du temps de travail » se demande un enseignant ?
Enfin, dernier thème fréquemment abordé lors des débats : l'enseignement supérieur.
Ici, la question de l'orientation des étudiants sortants du secondaire est clairement pointée du doigt. Cette question se décline sous deux aspects : le problème de l'information d'une part, et des aptitudes d'autre part. Sur le premier point, il semble que l'information sur les filières du supérieur rate son objectif, les élèves se disant soit sous informés, soit surinformés pour effectuer un choix d'études dont ils ne savent pas trop s'il doit correspondre à leurs aspirations personnelles ou à de possibles débouchés professionnels. Quant au deuxième point, comme le dit un participant, « il ne faut pas demander à l'enseignement supérieur de remédier aux lacunes de l'enseignement obligatoire ». Et de rappeler l'importance d'une réflexion sur le « Brevet d'Aptitude Communautaire ».
Dans un contexte de concurrence européenne, les intervenants rappellent également l'importance de consacrer les moyens nécessaires aux missions d'enseignement et de recherche scientifique.
Le refinancement de l'enseignement supérieur, limité par des enveloppes fermées, est également abordé, et, au-delà, la question de la gestion des subventions.
Autre « boîte à encre » de l'enseignement supérieur, le processus de Bologne qui continue à alimenter les débats. Les questions relatives aux synergies à développer entre les Hautes-Ecoles et les Universités, ou encore relatives à la mise en oeuvre des crédits capitalisables dans les Hautes-Ecoles, ou la diversification de l'offre d'enseignement restent ouvertes. Parmi celles-ci, quelle est la place de l'U.Lg., seule Université publique complète, dans le nouveau paysage européen de l'enseignement supérieur ?
En conclusion, on le voit, l'étendue du thème est immense et le temps imparti sans doute un peu court, ce qui explique que tous les sujets n'ont pu être abordés. L'initiative du « MR en débat » est saluée par tous les participants, qui paraissent très intéressés par les suites qui y seront données. Le traitement et l'analyse de l'ensemble des informations recueillies au cours de ces débats suivront et contribueront à déterminer les axes de travail du Mouvement Réformateur en la matière.





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