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Publié le 12 avril 2010

La crise économique et sociale qui a découlé de la dernière crise du secteur financier a coûté cher et continue à coûter cher aux États.
«Il est donc normal qu'elles contribuent au rétablissement des finances publiques. On ne pouvait pas envisager que le secteur financier redémarre comme si rien ne s'était passé,» a déclaré lundi Didier Reynders dans une interview au quotidien gratuit «Metro.»
«Taxer les banques, et les institutions financières en général, me paraît assez indispensable. J'espère que le sommet Ecofin de cette semaine va nous permettre d'aller vers une contribution aux budgets publics qui soit la plus large possible. Les choses vont probablement avancer en plusieurs temps,» a ajouté le Vice-Premier Ministre et Ministre des Finances en référence au prochain Conseil des Ministres de l'Economie et des Finances des vingt-sept Etats membres de l'Union européenne. «D'expérience, je sais que nos amis allemands préfèrent que les choses passent par les chefs d'Etat, afin qu'Angela Merkel puisse donner son aval à toute décision. Mais il me semble qu'il y a en Europe une série de réflexions qui vont dans le même sens: faire contribuer les institutions financières en fonction du risque qu'elles font courir à l'ensemble du système. Les banques qui prennent le plus de risques doivent contribuer plus que les banques de gestion de patrimoine et de l'épargne. Ces banques ont une activité bancaire plus classique et plus sûre,» a-t-il encore expliqué.
Pour Didier Reynders, l'idée de taxer les banques est le thème qui progresse le plus à l'agenda du G20.
«Tout le monde semble considérer qu'on ne peut pas garantir les banques en leur disant 'Si vous connaissez un problème nous allons intervenir', et ne pas demander une contribution financière en échange. Sinon, on prend le risque de voir les banques reprendre les mêmes risques qu'avant la crise. Instaurer une telle taxe va peut-être prendre plus de temps aux États-Unis qu'en Europe, plus de temps au Royaume-Uni que sur le continent, mais on sent bien que cette idée progresse,» a-t-il encore constaté.
La Belgique a déjà avancé seule sur ce concept, pour préserver l'emploi dans le secteur bancaire et préserver les intérêts des épargnants.
Explications de Didier Reynders:
«Notre objectif était avant tout de préserver les contribuables et les consommateurs. Nous avons donc mis en place un système qui porte directement sur les institutions financières, via un prélèvement sur le total des dépôts. Cela devrait rapporter près de 600 millions € par an. La mesure est adaptée en fonction du niveau de risque pris pas chaque institution. Bien sûr, ce serait encore plus simple si on mettait en place un tel système ensemble, à l'échelle internationale. Mais le montant demandé au secteur financier belge me paraît raisonnable.»
Les institutions financières sont sanctionnées pour la crise qu'elles ont provoquée?
«Nous avons dû intervenir fiscalement pour soutenir l'économie. On a permis des reports de charges, on a baissé la TVA dans les restaurants, on a donné un coup de fouet dans la construction avec la TVA à 6%... Cela coûte cher, et nous devons impérativement penser à restaurer nos finances publiques. Si on laisse trop filer les déficits, on risque d'arriver à un moment où tout ce qu'on fait en matière de relance ne sert plus à rien. La situation de la Grèce vient encore nous le rappeler,» a encore souligné Didier Reynders.
Et quant au risque de voir les banques répercuter cette taxe sur les services qu'elles proposent aux épargnants? La réponse de notre Ministre des Finances:
«La concurrence doit jouer pour éviter cela, et nous allons la renforcer. On a donné un rôle d'intervention plus important à la CBFA (Commission bancaire, financière, et des assurances) pour protéger les consommateurs. Par le passé, des produits très risqués ont été proposés sur le marché belge, mais le risque n'était pas suffisamment connu des consommateurs. Avec la directive européenne MiFID (Marchés d'instruments financiers et services d'investissement,) les institutions financières doivent désormais s'assurer de la capacité de gestion du patrimoine des personnes à qui elles proposent des produits financiers. Mais il est aussi essentiel que les consommateurs se rendent compte que lorsqu'ils demandent des rendements très élevés, cela va de pair avec des risques très élevés.»
Les Ministres des Finances de la zone euro se sont mis d'accord dimanche sur les conditions d'une aide éventuelle à la Grèce, passant par des prêts d'un montant d'au moins 30 milliards d'euros.
Quelle sera éventuellement la charge à supporter par la Belgique dans le cadre de l'octroi de ces prêts?
Didier Reynders: «Il me semblait essentiel que la zone euro prenne le leadership d'une telle intervention... la Belgique est prête à prendre sa part de responsabilité dans un plan de sauvetage dès lors que la Grèce remettra de l'ordre dans ses finances publiques... La part de la Belgique dans la Banque Centrale Européenne (BCE) est de 3,5%. Nous interviendrons donc au même niveau (soit 700 millions € pour un emprunt de 20 milliards, par exemple). Cela aura un prix pour la Grèce, de même que le sauvetage des banques a eu un coût pour les institutions financières. Ce prêt doit être accordé à un taux d'intérêt inférieur à celui demandé par les marchés, mais qui reste supérieur à ce qu'un pays comme l'Allemagne ou la Belgique peuvent obtenir. Pour le moment, la Grèce emprunte au-dessus de 7% pour ses prêts à dix ans, alors que nous, en Belgique, empruntons à moins de 4%. En prêtant à 5%, on est gagnants...Notre intention n'est pas de perdre de l'argent, ce sauvetage est du même type que celui des banques en 2008.»
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